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Ça fait longtemps qu’on se connait, le père Paul Dollié et moi. On s’est souvent retrouvés autour d’une passion commune: l’évangélisation. Alors des idées, il en a eu, et il en aura encore! J’ai eu la joie de l’interviewer pour cet article, qui met en parrallèle l’intuition de son Parcours Saint Marc -aujourd’hui disponible dans un Mooc– et le domaine qui nous intéresse, la communication.

Emmanuel Brejon: Salut Père Paul, tu as exploré à fond la façon dont Jésus se comporte et communique à travers l’Evangile de Marc, peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse de l’aventure ?

P. Paul Dollié: Il y a 7 ans j’ai découvert en travaillant l’Évangile de Marc que celui-ci était la révélation d’une véritable formation de disciple-missionnaires, avec un début, une fin, et des passages obligés. De plus, je faisais la lecture de ce texte avec en main La joie de l’Évangile du pape François, une expérience de curé sur une nouvelle paroisse, et plusieurs séminaires sur le gouvernement pastoral. Tous ces éléments vécus au même moment ont donné à ma lecture un relief étonnant qui ont été les matériaux pour écrire Le Parcours Saint Marc ou La retraite Saint Marc.

EB : A ce jour, combien de personnes l’ont suivi ? Il a du succès il me semble non ?

P. Paul : Pour le Parcours Saint Marc, chaque année depuis 6 ans, 50 personnes s’engagent à vivre chaque semaine (hors vacances) un temps d’enseignement et de relecture en petit groupes dans la paroisse. A cela s’ajoute les retraites à l’ïle Bouchard ou Chateauneuf de Galaure où en une semaine nous vivons l’intégralité du Parcours dans un climat de silence propice à l’écoute. Les participants sont plutôt heureux, le fruit immédiat est la découverte de l’Ecriture sainte comme Parole puissante, et un désir de sortir d’une attitude passive pour devenir à son tour transmetteur. Beaucoup prennent de nouvelles responsabilités, ou sont confortés dans celles qu’ils ont déjà.

EB :  As-tu sous le coude un petit fioretti d’un participant ?

P. Paul : Voici un témoignage, mais de nombreux témoignages sont sur notre site: «Ce parcours a été un remue-ménage : je savais que Jésus est vivant: maintenant je commence à vivre avec Jésus vivant. C’est très différent et c’est le début de quelque chose… Je me suis reconnue dans les apôtres: je n’avais rien compris et maintenant je commence tout juste à commencer à comprendre. Le plus grand moment pour moi: découvrir que “je suis sa fille bien-aimée” cela a été une révélation et quand on sait cela, on doit agir comme on le fait avec toutes les personnes que l’on aime…»

EB : Quel rapport fais-tu entre l’Evangile de Marc et la communication en général ?

P. Paul : Jésus doit communiquer un message, qui est lui-même ! Il est à la fois le message et le messager, le communiquant et la communication. C’est un cas vraiment unique. Pour cela au lieu de parler à tous, tout le temps, il s’entoure, et forme principalement 12 disciples qui deviendront des courroies de transmissions. C’est avec eux qu’il prend le plus de temps et qu’il est le plus exigeant. Je comprends donc que le christianisme est moins une religion du livre, de la Parole même, que de la personne. Je comprends aussi que je dois engager le gros de mon temps à former quelques disciples plutôt qu’à vouloir faire “de la quantité” en tracts et prises de paroles, en ayant l’illusion d’avoir porté du fruit, car des foules viennent à mes activités.

EB : Et comment relies-tu la façon dont Jésus se comporte et agit avec la communication actuelle et le “continent numérique” ?

P. Paul : Il me semble que le Christ est proche et apparemment loin de la communication actuelle. Proche, car Jésus est celui qui parle avec les mots de son temps au lieu de plaquer un langage compliqué auprès de ses auditeurs. L’exemple des paraboles est parlant. Il prend le quotidien de l’homme pour en faire le média de la Trinité! Aujourd’hui l’Église ne doit pas passer à côté du numérique car c’est le lieu où l’humanité marche; le numérique c’est la rue de nos contemporains, mais quelles vitrines vont-ils y trouver ? L’Église doit occuper cet espace, car l’homme est là tout simplement.

Jésus semble loin du continent numérique, car il ne veut qu’une relation de personne à personne: “Quand vous allez être missionnaire, n’emportez rien, sinon vous-mêmes” dit Jésus (Marc 6). Ainsi je vois que la communication numérique est réussie quand elle conduit à la rencontre charnelle, à l’exemple de Jésus qui passe d’un enseignement au don de son corps. On parle d’ailleurs de rencontre “IRL”, In Real Life. Bref le sommet de la réussite restera toujours le passage du virtuel au réel grâce au numérique.

EB : Ton Parcours Saint Marc et le numérique ?

J’ai bien conscience que je ne pourrais pas donner partout, en tous lieux, à toutes personnes, ce parcours. La Communauté de l’Emmanuel va le proposer dans quelques mois gratuitement à toute l’Église sur www.myemmanuel.info sous forme de vidéos (esprit MOOC) ; cela va permettre une sacrée démultiplication ; avec toujours notre souci que le maximum de personnes puissent vivre une fraternité qui accompagne l’écoute des enseignements.

EB : Quel est selon toi l’enjeu actuel de ce genre de formation ?

P. Paul : L’enjeu de cette formation, et j’aurais dû le dire en premier, c’est d’offrir une vraie retraite de “conversion” pour des chrétiens, mêmes déjà engagés dans l’Église. Bref je m’aperçois qu’on dit souvent le dimanche au micro “évangélisez, évangélisez” sans que les personnes aient vraiment ce souci, sans qu’elles sachent comment, et sans savoir comment Jésus faisait vraiment. Le Parcours saint Marc essaye de répondre à toutes ces questions, en donnant un “feu intérieur” sans oublier un travail nourrissant sur le texte.

EB : Quelque chose à ajouter ?

P Paul : Il me semble qu’on doit s’y mettre tous, biblistes, prêtres, laïcs engagés en Église, pour redécouvrir comment l’Écriture Sainte est le meilleur manuel pour la mission. Elle est finalement le premier catéchisme donné par Dieu lui-même. Les Actes des apôtres (sur le développement de l’Église), le livre de Jonas (sur nos peurs dans l’évangélisation) et le livre de Néhémie (sur la vision pastorale) me paraissent être des textes fondateurs pour la nouvelle évangélisation. Mais ils doivent être expliqués, actualisés, en puisant dans nos expériences les illustrations qui permettront d’ouvrir au grand public, une Parole de Dieu pour eux. (Ndlr : voir à ce-propos les sites du père Mario St-Pierre et de l’Ecosystème Pastoral).

 

>> Téléchargez les flyers-inscriptions des 2 prochaines sessions, à Chezelles et Châteauneuf-de-Galaure.

Père Paul Dollié

diocèse de Vannes, Paroisses St Pie X et ND de Lourdes